Pharma Engineering Insights

URS des systèmes d'eau pharmaceutique et WFI : exigences, structure et check-list

Une spécification mal rédigée produit des offres incomparables, une qualification indéfendable et des coûts qui n'apparaissent que des années plus tard. Structure, méthode et critères pour bâtir des exigences vérifiables : intended use, périmètre, sanitisation, CQV et cycle de vie.

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Sistema di generazione e distribuzione di acqua farmaceutica in un'area tecnica di uno stabilimento GMP

Trois offres pour le même système WFI. Trois architectures différentes, trois prix impossibles à comparer, aucun critère objectif pour dire laquelle est la meilleure. Le problème ne naît pas à l'appel d'offres : il naît dans l'URS, qui a décrit une installation au lieu de décrire ce que l'installation doit faire.

L'URS d'un système d'eau pharmaceutique détermine trois choses à la fois : le degré de comparabilité de la bid evaluation, la solidité de la qualification et le coût du système sur les quinze ou vingt années suivantes. C'est aussi le document rédigé le plus vite, souvent recyclé du projet précédent, et que personne ne relit avant d'avoir à justifier quelque chose devant un inspecteur.

Ce qui suit n'est pas une URS prête à l'emploi : c'est la structure du document, la méthode pour construire chaque section et les critères permettant de juger si une exigence est bien écrite. Là où un chiffre est nécessaire, l'article explique comment se construit la justification de ce chiffre, car c'est la justification — et non le chiffre — qui tient en qualification et en inspection. La vue d'ensemble du sujet est réunie dans le hub Pharmaceutical Water & WFI Systems.

Pourquoi l'URS conditionne l'appel d'offres, la qualification et le coût du cycle de vie

Sur la bid evaluation : sans exigences mesurables, les offres ne se comparent que sur le prix et sur ce que chaque fournisseur a choisi de raconter. L'URS est le dénominateur commun qui rend commensurables les performances, le périmètre de fourniture, le dossier documentaire et les conditions d'acceptation. Toute exigence non écrite devient, après signature, un avenant à prix ouvert.

Sur la qualification : l'Annexe 15 d'EudraLex Volume 4, révision 2015 en application depuis le 1er octobre 2015, structure le cycle de qualification et de validation ; la conception est vérifiée par rapport aux exigences de l'utilisateur et les performances par rapport à l'usage prévu. Une exigence non vérifiable ne produit pas un essai, elle produit un protocole construit a posteriori. Précision utile : le concept paper sur la révision EU-PIC/S de l'Annexe 15, publié le 9 février 2026 avec un corrigendum du 16 juillet 2026 et une consultation close le 9 avril 2026, n'a pas modifié l'Annexe 15 : le texte applicable reste celui de 2015.

Sur le coût du cycle de vie : stratégie de sanitisation, matériaux, redondances, accessibilité de l'instrumentation, points de prélèvement, ouverture du système d'automatisation et disponibilité des pièces de rechange coûtent peu quand on les écrit et très cher quand on les change. La façon dont ils deviennent des critères d'appel d'offres et des postes de TCO est développée dans l'article sur la sélection du fournisseur de systèmes d'eau.

Cadre réglementaire : ce qui est contrainte et ce qui est choix

Aucun texte réglementaire ne prescrit le format d'une URS. Les textes prescrivent les résultats que le système doit garantir et le fait que ces résultats soient spécifiés, vérifiés et documentés. Une URS qui confond exigence réglementaire, good engineering practice et choix de conception rend impossible toute discussion sur les écarts, parce qu'on ne sait plus ce qui est négociable.

SourceStatutCe que cela contraint dans l'URS
EudraLex Vol. 4, Annexe 15 (rév. 2015)En application depuis le 1er octobre 2015 ; concept paper du 9 février 2026 qui n'a pas modifié le texteCadre de qualification et de validation face auquel l'URS devient la référence vérifiable
EudraLex Vol. 4, Annexe 1En application depuis le 25 août 20236.1-6.5 contrôles risk-based sur les utilités ; 6.7 conception, pentes, dead leg ; 6.8 qualification tenant compte de la variation saisonnière ; 6.9 régime turbulent ; 6.10 WFI, stockage et distribution ; 6.11 filtres d'évent ; 6.12 sanitisation selon un calendrier prédéterminé ; 6.13 niveaux d'alerte issus des données de qualification ; 6.15 surveillance continue
EMA/CHMP/CVMP/QWP/496873/2018En vigueur depuis le 1er février 2021Qualité minimale en fonction de l'intended use (s.5.1 eau comme excipient ; s.5.2 substances actives et formes pharmaceutiques) ; notification préalable à l'autorité GMP de surveillance avant d'introduire la RO
ICH Q9(R1)Étape 4 le 18 janvier 2023Effort proportionné au risque : quelles exigences sont critiques et jusqu'où pousser la vérification
ASTM E2500-25Approuvée le 1er avril 2025Logique specification - design - verification : l'URS est le nœud de spécification dont découle le plan de vérification
ISPE Baseline Guide Vol. 4, 3e éd. (2019)Guide sectoriel, non réglementaireRéférence de bonne pratique, jamais exigence opposable

Deux lectures pèsent immédiatement sur la structure du document. L'Annexe 1 point 6.8 exige que les systèmes d'eau soient qualifiés et validés pour le contrôle physique, chimique et microbiologique en tenant compte de la variation saisonnière : cela se satisfait en amont, dans les données d'eau brute. La guideline EMA 496873/2018 lie la qualité d'eau à l'usage prévu : la section intended use n'est pas un préambule, c'est la section dont découle presque tout le reste.

Intended use et périmètre du système

La qualité d'eau se déduit, elle ne se choisit pas

Une URS correcte part d'une liste d'usages, pas d'une installation. Pour chaque usage : produit ou procédé desservi, phase d'emploi, contact direct ou indirect, caractère stérile ou non stérile du produit fini, voie d'administration, débit et température au point of use, continuité du soutirage, et si l'eau entre dans la formulation ou sert au nettoyage.

De là se déduit la qualité. La guideline EMA 496873/2018 traite séparément l'eau utilisée comme excipient, avec une qualité minimale fonction du caractère stérile ou non stérile du produit et de la voie d'administration (s.5.1), et l'eau utilisée dans la fabrication de substances actives et de formes pharmaceutiques, où des qualités inférieures sont admises dans les premières étapes de synthèse (s.5.2). Un site à plusieurs lignes peut donc légitimement disposer de plusieurs qualités d'eau : la comparaison est développée dans l'article sur le choix entre Purified Water et WFI.

L'erreur récurrente consiste à spécifier du WFI pour tout le site parce que « c'est plus sûr ». Ce ne l'est pas : c'est plus cher en capex et en énergie, plus lourd en sanitisation et en qualification, et cela charge l'exploitation d'une surveillance qui n'était pas nécessaire. La surqualité est un choix de conception, à justifier comme les autres.

Périmètre du système

C'est la section qui évite la phrase la plus coûteuse des projets d'utilités : « ce n'était pas dans mon périmètre ». Quatre frontières doivent être fixées, si possible avec un schéma bloc.

  • En amont : point de livraison de l'eau d'alimentation, qui la garantit, avec quelles caractéristiques et quelle continuité de pression. La référence minimale est le 21 CFR 211.48(a), qui exige une eau potable fournie under continuous positive pressure dans un réseau exempt de défauts susceptibles de contaminer le produit ; le 211.48(b) traite des égouts et de la prévention du back-siphonage.
  • Périmètre de fourniture : ce qui relève du fournisseur et ce qui reste au site (génie civil, raccordements électriques, vapeur, air comprimé, eau de refroidissement, évacuations, réseau de données).
  • En aval : là où le système s'arrête et où commence l'équipement utilisateur, typiquement la dernière vanne du point of use. En dépendent la responsabilité du prélèvement, la sanitisabilité du tronçon terminal et la gestion des flexibles.
  • Frontière informationnelle : quelles données sortent du système et vers quelles destinations (SCADA, historian, LIMS, gestion technique du bâtiment), avec quel protocole et quelle responsabilité sur la conservation de l'enregistrement.

Eau brute : la contrainte que le projet ne peut pas ignorer

La qualité de l'eau d'alimentation détermine la technologie admissible, la consommation de réactifs, la fréquence de sanitisation et le risque microbiologique de tout le système. La monographie USP Purified Water est explicite : l'eau est préparée à partir d'une eau conforme aux US EPA National Primary Drinking Water Regulations, ou aux réglementations sur l'eau potable de l'Union européenne ou du Japon, ou aux WHO Guidelines for Drinking Water Quality, et ne contient aucune substance ajoutée. La potabilité est le plancher, pas la donnée de conception.

La donnée de conception, c'est la variabilité. L'URS doit contenir, ou appeler comme annexe contrôlée, un jeu de données analytiques couvrant la variation saisonnière, avec l'origine (réseau, forage, mélange et proportion), le régime de chloration ou de chloramination, la pression et la disponibilité garanties, et la responsabilité contractuelle en cas d'excursion. Le lien avec l'Annexe 1 point 6.8 est direct : une URS bâtie sur une analyse unique reporte ce risque sur la phase où le corriger coûte le plus cher.

Le sujet devient critique dès lors qu'on envisage le WFI membranaire. Le Q&A EMA/INS/GMP/443117/2017, en vigueur depuis le 1er août 2017, observe que les installations d'osmose inverse fonctionnent typiquement à température ambiante et constituent donc un environnement idéal pour la formation de biofilm, et attend un testing étendu, un testing quotidien de tous les points critiques en phase initiale et des données recueillies sur environ un an pour capter la variation saisonnière. C'est une exigence de planning, pas seulement de spécification. Le jeu de données et la logique de prétraitement sont approfondis dans l'article sur l'eau brute et le prétraitement.

Capacité et profils de consommation

La capacité est l'exigence la plus souvent fausse, parce que c'est la plus facile à copier du projet précédent. Or ce n'est pas une propriété de l'installation : c'est une propriété du plan de production. Elle se construit utilisateur par utilisateur puis s'agrège en un profil temporel, et cette construction doit être documentée dans l'URS comme prémisse de conception. Il faut au minimum :

  • la liste complète des points of use avec qualité, débit instantané, température et pression, laboratoire et usages occasionnels compris ;
  • la durée et la fréquence de chaque soutirage, en distinguant la consommation par lot de la consommation horaire ;
  • une hypothèse explicite de simultanéité, avec son responsable : la supposer totale ou nulle sans le déclarer est l'erreur la plus fréquente ;
  • les volumes et débits de pointe des CIP, SIP et lavages, qui ne doivent pas être traités comme une consommation moyenne ;
  • l'heure la plus défavorable, le jour le plus défavorable et la campagne la plus défavorable, obtenus par agrégation ;
  • une réserve de croissance, avec marge et horizon temporel justifiés par le plan industriel.

Le surdimensionnement n'est pas une prudence : un système bien plus grand que le besoin tourne à faible vitesse dans le loop, renouvelle lentement le volume en cuve et consomme davantage d'énergie en sanitisation. L'Annexe 1 point 6.9 exige que l'écoulement reste turbulent afin de limiter l'adhésion microbienne et la formation de biofilm, et que le débit soit établi en qualification puis surveillé en routine : fixer la seule capacité de pointe sans déclarer le régime minimal de recirculation prépare un conflit qui apparaîtra en OQ. La marge de croissance doit figurer comme poste autonome et non être noyée dans le chiffre de capacité ; sinon elle devient une exigence à l'appel d'offres et, en qualification, plus personne ne sait ce qu'il faut démontrer.

Prétraitement, production, stockage, distribution

Le prétraitement s'exprime comme une performance requise sur l'eau livrée à l'étage de production, assortie d'une liste de contraintes. L'URS déclare ce qui doit être éliminé ou maîtrisé en fonction du jeu de données d'eau brute, non la technologie à employer, sauf contrainte de site réelle, alors écrite comme contrainte et motivée. Relèvent bien de l'URS : la sanitisabilité de chaque unité, la drainabilité complète, l'absence de stagnation permanente, la compatibilité des réactifs avec les étages aval, la stratégie de déchloration et sa vérifiabilité, la gestion des lits filtrants comme source microbiologique potentielle.

Pour la production, l'URS déclare les attributs qualité et les pharmacopées applicables aux marchés desservis, la capacité issue du profil de consommation, la disponibilité requise et sa méthode de calcul, le comportement au démarrage, à l'arrêt et en régime réduit, ainsi que la compatibilité avec la stratégie de sanitisation retenue. Sur le WFI la position réglementaire est stabilisée : la monographie Ph. Eur. 0169, révisée par adoption à la 154e session de la Commission européenne de Pharmacopée (mars 2016) et effective au 1er avril 2017, autorise la production par un procédé de purification équivalent à la distillation, et la guideline EMA 496873/2018 au s.4.2 cite l'osmose inverse simple ou double passage couplée à l'EDI, à l'ultrafiltration ou à la nanofiltration ; la monographie USP Water for Injection définit le WFI comme une eau purifiée par distillation ou par un procédé équivalent ou supérieur à la distillation pour l'élimination des substances chimiques et des micro-organismes ; l'Annexe 1 point 6.10 ajoute que le WFI doit être produit à partir d'une eau conforme à des spécifications définies en qualification. Le point qui appartient à l'URS est ailleurs : admettre la voie membranaire déclenche la notification préalable à l'autorité GMP de surveillance exigée par la guideline EMA avant d'introduire l'osmose inverse. Un choix technologique devient un jalon de projet impliquant un interlocuteur externe.

Pour le stockage, le volume de la cuve est l'écart entre le profil de soutirage et la capacité de production, augmenté d'une réserve justifiée par un scénario déclaré : arrêt du générateur, pointe de campagne, temps de rétablissement. L'URS doit exiger que le fournisseur explicite le calcul, car c'est le calcul, non le volume, qui sera discuté en qualification. Sont également à fixer : la stratégie de maîtrise de la température et sa justification, la couverture complète des surfaces internes par le dispositif de lavage, la drainabilité, une instrumentation de niveau maintenable sans ouvrir le système, les matériaux et l'état de surface définis par renvoi à l'édition ASME BPE fixée contractuellement. Sur le filtre d'évent, l'Annexe 1 point 6.11 exige des filtres hydrophobes rétenteurs de bactéries qui ne soient pas eux-mêmes source de contamination, avec test d'intégrité avant installation et après usage, et prévention de la condensation, par exemple par chauffage : trois exigences distinctes, à écrire comme trois exigences distinctes.

La distribution est l'endroit où l'URS doit séparer le plus rigoureusement l'exigence de la solution. Lui appartiennent la topologie requise et les points of use avec leurs performances, la drainabilité complète, l'absence de dead leg, le maintien du régime turbulent dans toutes les conditions d'exploitation prévues, la sanitisabilité de chaque piquage jusqu'à la dernière vanne, la possibilité de prélever sans compromettre l'intégrité du loop, la possibilité d'isoler une branche sans arrêter la boucle. L'Annexe 1 point 6.7 exige explicitement une pente des tuyauteries pour le drainage et l'absence de dead leg ; le point 6.10 cite comme exemple de condition minimisant la croissance microbienne une circulation constante au-dessus de 70 °C. Ne lui appartiennent pas les critères numériques de conception — rapports L/D, pentes, rugosités de surface, vitesses minimales — qui relèvent de la spécification de conception et de la norme technique de référence, typiquement l'ASME BPE dans l'édition fixée contractuellement. Les reproduire viole le copyright de la norme et fige dans l'URS une valeur qui, au changement d'édition, oblige à un change control sur le mauvais document.

Sanitisation : une exigence de capacité, pas une recette de cycle

L'Annexe 1 point 6.12 exige que stérilisation, désinfection ou régénération soient réalisées selon un calendrier prédéterminé et aussi en action corrective à la suite de résultats hors limite ou hors spécification. De cette formulation découlent des exigences portant sur la capacité du système, non sur le cycle.

  • Le système doit être sanitisable intégralement, y compris tous les piquages jusqu'à la dernière vanne, sans démontage.
  • La sanitisation doit pouvoir être exécutée en action non planifiée : dans des délais compatibles avec l'exploitation, selon une procédure répétable et avec une preuve enregistrée.
  • Le site doit déclarer si elle peut avoir lieu système en service ou exige un arrêt : c'est l'un des postes les plus lourds du coût d'exploitation et il doit être évalué à l'offre.
  • Matériaux, joints et instrumentation doivent être compatibles avec la méthode retenue pendant toute la durée de vie attendue.
  • Le système doit apporter la preuve que la sanitisation a atteint chaque point : instrumentation, enregistrement et critères de fin de cycle sont des exigences d'URS.

Ce que l'URS ne doit pas faire, c'est écrire le cycle. L'OMS TRS 1025 Annexe 3 exige une sanitisation thermique et/ou chimique validée à des intervalles spécifiés, en laissant ces intervalles au fabricant et sans fixer de limite numérique ; le Q&A EMA 443117/2017 mentionne un traitement thermique au-dessus de 75 °C en laissant les temps de contact à la validation du fabricant. L'URS demande que le cycle soit validable et que le système le rende exécutable ; les paramètres se justifient en validation, sur les données.

Instrumentation, automatisation et données

L'Annexe 1 point 6.15 exige que les systèmes WFI intègrent une surveillance continue, par exemple TOC et conductivité. L'URS traduit cela en exigences vérifiables : quels paramètres en ligne et lesquels hors ligne, à quels emplacements (départ, retour, point of use), avec quelle continuité d'enregistrement, quel comportement en cas de dépassement et quelle accessibilité pour l'étalonnage et la maintenance sans compromettre l'intégrité du circuit. Ces mesures sont régies par les chapitres USP <643> et <645> ; aucune norme ISO, ASME, ASTM ou CEN n'a été identifiée pour la qualification de cette instrumentation. Le chapitre <643> déclare explicitement ne rien fixer quant à la fréquence du system suitability test : cette fréquence relève de l'analyse de risque de l'utilisateur, et c'est donc une décision que le site doit savoir justifier. Même principe pour les points de prélèvement : nombre, position et accessibilité découlent d'une évaluation du risque documentée, pas d'un modèle réutilisé. Si le prélèvement est malcommode, il sera mal fait, et ce défaut naît dans l'URS.

Sur l'automatisation, l'URS fixe la philosophie de conduite avant l'architecture : modes d'exploitation, logique d'alarme et de verrouillage, hiérarchie des alarmes, comportement en cas de coupure d'alimentation et au rétablissement, politique de forçage manuel et sa traçabilité, gestion des accès, gestion des recettes de sanitisation, accès distant et ses conditions. C'est la version en vigueur qu'il faut citer : l'Annexe 11 applicable est celle de janvier 2011, opérationnelle depuis le 30 juin 2011. Le projet de révision, en consultation du 7 juillet au 7 octobre 2025 avec la révision du Chapitre 4 et la proposition d'une nouvelle Annexe 22, n'a pas été adopté et n'a pas de date d'application publiée : il relève au mieux d'une section de regulatory watch, jamais des exigences.

Sur les données, l'URS liste les enregistrements générés et, pour chacun, le propriétaire, la localisation, la durée de conservation, le mode d'export et la preuve de non-altération. Des exigences explicites sont nécessaires sur l'audit trail, la synchronisation horaire, la gestion des utilisateurs et des profils, la sauvegarde et la restauration vérifiée, l'archivage avec lisibilité garantie dans le temps, et les interfaces vers l'historian et le LIMS. Aux États-Unis, le 21 CFR Part 11 est en vigueur, avec la guidance FDA Part 11 – Scope and Application de septembre 2003 qui en restreint l'interprétation et exerce une enforcement discretion, tout en précisant que part 11 remains in effect. Le détail figure dans l'article sur l'automatisation, le SCADA et l'intégrité des données des systèmes d'eau.

Exigences CQV et documentation du fournisseur

L'ASTM E2500-25, approuvée le 1er avril 2025, formalise la logique specification, design and verification fondée sur la science et le risque. L'URS est le nœud de spécification : si la spécification n'est pas vérifiable, la vérification n'est pas planifiable. Il faut donc une section CQV qui déclare, avant l'appel d'offres, ce que le fournisseur devra démontrer et avec quelles preuves.

  • FAT : périmètre des essais, qui y assiste, ce qui constitue l'acceptation, quels résultats sont exploitables à l'appui de la qualification, comment sont gérés les écarts et lesquels doivent être clos avant expédition.
  • SAT : essais qui n'ont de sens qu'après installation, conditions d'accès au site, prérequis d'utilités.
  • Soutien à l'IQ, l'OQ et la PQ : ce que le fournisseur apporte en documentation, en présence et en données.
  • Matrice de traçabilité : chaque exigence tracée vers le document de conception qui la satisfait et vers l'essai qui la vérifie. C'est l'exigence qui, plus que toute autre, rend une URS utile plutôt que décorative.
  • Dossier documentaire : P&ID, fiches techniques, certificats matières, documentation d'état de surface et de passivation (avec renvoi contractuel à des normes telles qu'ASTM A967/A967M-25 et ASTM A380/A380M-25), documentation de soudage et qualification des soudeurs, certificats d'étalonnage, documentation logicielle, liste de pièces de rechange, manuels d'exploitation et de maintenance, plan de formation, avec format et langue déclarés.

Tout ce qui n'est pas listé dans l'URS sera négocié après la signature du contrat, et aura alors un prix. La séquence complète des essais et des responsabilités est développée dans l'article sur FAT, SAT, IQ, OQ et PQ des systèmes d'eau.

Exigences de cycle de vie

Une URS qui s'arrête à la mise en service n'a couvert que la part la moins coûteuse de la vie du système. Les exigences de cycle de vie s'écrivent tant qu'on dispose encore d'un levier contractuel : accessibilité physique aux composants et isolement d'une branche sans arrêter le système ; engagements sur la disponibilité des composants critiques et politique en cas d'arrêt de fabrication ; politique de mise à jour logicielle, fin de support de la plateforme et impact des mises à jour sur l'état validé ; possibilité d'ajouter des points of use sans requalifier l'ensemble ; couverture du service et compétences requises, sachant que les niveaux de service relèvent du contrat et que l'URS définit l'exigence et son mode de mesure, pas le chiffre.

Une exigence est régulièrement oubliée : la disponibilité des données. L'Annexe 1 point 6.13 établit que les niveaux d'alerte reposent sur les données de la qualification initiale et sont réexaminés périodiquement à partir de la requalification, de la surveillance de routine et des investigations ; le point 6.14 exige que les excursions soient documentées, revues et investiguées en distinguant l'événement isolé de la tendance défavorable. Pour que cela soit possible, le système doit exporter des séries historiques exploitables : c'est une exigence d'URS, pas une attente.

Comment écrire une exigence vérifiable

Une exigence est vérifiable si, à la lecture, on peut nommer l'essai qui la démontre, la preuve produite et la condition d'acceptation. Sinon c'est une déclaration d'intention. Les traits sont peu nombreux : atomique, univoque, rattachée à un besoin, testable, exempte de solution sauf contrainte déclarée, classée par priorité et identifiée par un code utilisable dans la matrice de traçabilité.

Formulation incorrectePourquoi c'est un problèmeReformulation vérifiable
« Le système doit garantir une eau de haute qualité. »Aucun attribut, aucun critère, aucun essai possible.« L'eau délivrée à chaque point of use doit satisfaire la monographie de pharmacopée applicable à la qualité requise pour les marchés desservis [liste] ; attributs et méthodes sont définis dans la spécification analytique [réf.]. »
« La boucle doit être en acier inoxydable avec une rugosité au plus égale à [valeur] et une pente de [valeur]. »Prescrit la solution et fige des chiffres qui relèvent de la spécification de conception et de la norme technique.« Les surfaces au contact du produit doivent être compatibles avec le fluide et avec tous les cycles de sanitisation prévus ; matériaux, état de surface et passivation conformes à l'édition ASME BPE fixée contractuellement et documentés par le fournisseur. »
« Le système doit être sanitisé périodiquement. »Ne dit rien de la capacité requise ni de sa vérification en conception, et confond exigence système et procédure d'exploitation.« Le système doit pouvoir être sanitisé intégralement, y compris tous les piquages jusqu'à la dernière vanne, sans démontage, selon un calendrier prédéterminé et en action corrective ; le fournisseur démontre la couverture de la méthode sur toutes les surfaces au contact. »
« Le système doit présenter une disponibilité élevée. »Terme non défini, base de calcul non déclarée, période de référence absente.« La disponibilité requise est [valeur], calculée comme [définition] sur une période de [période] et dérivée du profil de consommation [réf.] ; le fournisseur déclare la méthode de calcul et ses hypothèses. »
« Le système doit être conforme à la réglementation GMP en vigueur. »Transfère au fournisseur une responsabilité d'interprétation qui incombe au site et ne produit aucun critère d'acceptation.« Le système doit satisfaire les exigences des textes listés en [annexe], dans la version en vigueur à la date d'émission de l'URS ; chaque exigence dérivée est identifiée et tracée dans la matrice. »
« Le TOC doit être surveillé en continu. »Manquent l'emplacement, l'enregistrement, le comportement en cas de dépassement et la destination de la donnée.« Le système mesure le TOC et la conductivité en continu aux emplacements [liste], enregistre les valeurs à la résolution [x], génère une alarme configurable au dépassement et rend les données exportables pour le trending ; les niveaux d'alerte seront établis sur les données de la qualification initiale. »
« Le fournisseur doit livrer la documentation technique. »N'énumère pas, ne définit ni format ni langue, ne lie pas la livraison à une condition d'acceptation.« Le fournisseur livre le dossier documentaire listé en [annexe], en langue [x], indexé et tracé vers la matrice ; la livraison complète est une condition d'acceptation du SAT. »

Critères d'acceptation : d'où vient légitimement un chiffre

  1. Compendial ou réglementaire. La valeur provient d'une monographie ou d'un texte opposable et se cite avec sa source et son édition, après vérification qu'elle s'applique bien aux marchés desservis : les pharmacopées ne sont pas alignées sur tout et les éditions changent. La Ph. Eur. en vigueur en août 2026 est la 12e édition, Issue 12.3, applicable depuis le 1er juillet 2026, l'Issue 13.1 étant déjà publiée pour une mise en œuvre au 1er janvier 2027.
  2. Dérivée du produit ou du procédé. La valeur découle de la formulation, de la taille de lot, du cycle de nettoyage ou de la validation de nettoyage, et doit être tracée vers le document dont elle provient.
  3. Établie par le site sur données. La valeur n'existe pas encore, car elle dépend du comportement du système. L'URS ne doit pas la fixer : elle doit exiger que le système génère les données nécessaires pour l'établir et la maintenir sous contrôle.

La troisième catégorie est celle où l'on se trompe le plus, et elle concerne en particulier les niveaux d'alerte et d'action microbiologiques. L'Annexe 1 point 6.13 les rattache aux données de la qualification initiale, avec réexamen périodique ; l'OMS TRS 1033 Annexe 3 les fait découler des données historiques rapportées et de la connaissance du système avec trending des données. Le chapitre USP <1231>, officiel depuis le 1er décembre 2021, est informatif et ne fixe aucune limite microbiologique obligatoire : les niveaux d'action qu'il rapporte, 100 ufc/mL pour la Purified Water et 10 ufc/100 mL pour la Water for Injection, sont déclarés non opposables, comme des niveaux au-dessus desquels l'eau est impropre à l'usage, et l'USP demande aux utilisateurs d'établir des spécifications internes. Les transcrire dans une URS comme exigence contractuelle envers le fournisseur inverse la logique : on lui demande de garantir un niveau qui dépend des données que le système produira après installation.

Il existe aussi une contrainte de sens : le Q&A EMA 443117/2017 affirme qu'augmenter ces limites n'est pas une bonne pratique et peut masquer un système défaillant. D'où une règle pratique : tout chiffre écrit dans l'URS porte quatre champs — source, justification, responsable, date de réexamen. Si l'un d'eux ne peut pas être rempli, ce chiffre n'est pas encore une exigence. La méthodologie qui soutient ces choix, cohérente avec l'ICH Q9(R1), est développée dans l'article sur le quality risk management appliqué aux systèmes d'eau.

Exemple d'application : Site Delta

Site Delta est un exemple fictif, construit pour montrer le raisonnement et non pour fournir des valeurs. Le site fabrique des formes non stériles dans un atelier existant et ajoute une ligne de répartition stérile. La question qui arrive à l'ingénierie est formulée comme une question d'installation : « un système WFI unique ou deux systèmes séparés ? ». C'est la mauvaise question.

La séquence correcte part des usages : pour chaque utilisateur, nouveau et existant, l'équipe enregistre le produit desservi, le contact, le caractère stérile ou non stérile de la forme finie, la voie d'administration et la phase d'emploi. En appliquant la logique de la guideline EMA 496873/2018, il apparaît qu'une partie des utilisateurs existants n'exige pas de WFI alors que toute la ligne stérile l'exige : la décision d'installation devient une conséquence de l'analyse. Le travail sur le périmètre révèle ensuite que le point de livraison de l'eau d'alimentation est partagé avec un usage technique non GMP, sans responsabilité formelle sur la continuité de pression : le 21 CFR 211.48(a) devient une action côté site, pas une demande au fournisseur. Enfin la production : si la voie membranaire est envisagée, l'URS intègre la notification préalable à l'autorité GMP de surveillance et une stratégie de qualification captant la variation saisonnière, cohérente avec l'Annexe 1 point 6.8 et avec les attentes du Q&A EMA 443117/2017. Ce n'est pas un détail de spécification : c'est une ligne du planning.

En aval, les exigences deviennent des critères d'évaluation des offres. La matrice se remet avec la colonne des poids vide : les poids sont attribués par l'équipe selon son propre contexte, et cette attribution se documente avant l'ouverture des offres, pas après.

Critère dérivé de l'URSCe qui est évaluéPreuve demandéePoids
Couverture du profil de consommationCapacité annoncée face à la pointe et au profil journalier, comportement en régime réduitNote de dimensionnement avec hypothèses explicites
Sanitisabilité intégrale et régime turbulentCouverture de la méthode sur toutes les surfaces au contact ; comportement hydraulique aux conditions limitesSchéma de couverture et calcul hydraulique de la boucle
Surveillance et disponibilité de la donnéeParamètres en ligne, emplacements, enregistrement, exportabilité pour le trendingArchitecture de mesure et spécification des enregistrements
Automatisation et enregistrements électroniquesConformité à l'Annexe 11 en vigueur et au 21 CFR Part 11 le cas échéantDocumentation logicielle et plan de vérification
Dossier CQV, traçabilité et support dans la duréeComplétude des FAT, SAT et du soutien à la qualification ; engagements pièces, logiciel et maintenabilitéSommaire documentaire, projet de matrice, liste des pièces critiques

Check-list de complétude de l'URS

La check-list ne certifie pas qu'une URS est bonne : elle intercepte les absences, qui constituent le défaut le plus fréquent et le plus coûteux.

  • Objet, système couvert, exclusions ; liste des usages prévus avec qualité déduite et justification.
  • Périmètre amont, de fourniture, aval et informationnel, avec interfaces et responsabilités.
  • Jeu de données d'eau brute couvrant la variation saisonnière, avec responsabilité contractuelle en cas d'excursion.
  • Profil de consommation construit par utilisateur, avec simultanéité déclarée et réserve de croissance séparée.
  • Attributs qualité et pharmacopées applicables ; prétraitement exprimé en performance.
  • Production, stockage et distribution avec drainabilité, absence de dead leg, régime turbulent, filtre d'évent testable, isolement des branches et possibilité de prélèvement.
  • Sanitisation exprimée comme capacité du système, pas comme paramètres de cycle.
  • Normes techniques appelées avec une édition fixée contractuellement, sans reproduire leurs critères numériques.
  • Instrumentation et points de prélèvement issus d'une analyse de risque ; philosophie de conduite et exigences sur les enregistrements électroniques rattachées aux textes en vigueur.
  • Périmètre FAT et SAT, soutien à l'IQ, l'OQ et la PQ, matrice de traçabilité en livrable, dossier documentaire avec format, langue et condition d'acceptation.
  • Maintenabilité, pièces de rechange, obsolescence, logiciel, extensibilité, export des données pour le periodic review.
  • Identifiant unique et classement obligatoire/souhaitable pour chaque exigence ; source, justification, responsable et date de réexamen pour chaque chiffre.
  • Distinction explicite entre exigence réglementaire, bonne pratique et choix de conception ; approbation par l'ingénierie, la qualité et les utilisateurs ; document sous change control.

Erreurs fréquentes et signaux d'alerte

  • URS recyclée : elle transporte des contraintes qui n'existent plus et omet les nouvelles.
  • URS rédigée par le fournisseur : le fournisseur contribue à la spécification de conception, pas aux exigences de l'utilisateur. S'il les écrit, la bid evaluation est déjà jouée.
  • URS qui décrit un skid : si elle contient un P&ID, elle décrit une solution et a renoncé à comparer des alternatives.
  • Exigences sans identifiant : sans code, pas de matrice de traçabilité, et la qualification n'est pas démontrable exigence par exigence.
  • Niveaux d'alerte écrits avant la qualification : cela contredit la logique de l'Annexe 1 point 6.13.
  • Une seule analyse d'eau brute : impossible alors de démontrer que la variation saisonnière a été prise en compte, comme l'exige l'Annexe 1 point 6.8.
  • Références réglementaires génériques : « conforme aux GMP » n'est pas une exigence ; la liste précise des textes applicables l'est.
  • Textes non en vigueur cités comme exigences : le concept paper sur l'Annexe 15 et le projet de révision de l'Annexe 11 sont des évolutions à surveiller, jamais des exigences.
  • Aucun classement de priorité : si tout est obligatoire, rien n'est négociable, et le fournisseur décide seul de ce qu'il ignore.
  • URS hors change control : un document qui évolue sans traçabilité ne peut pas servir de référence à la qualification.

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À retenir

  • L'URS ne décrit pas une installation : elle décrit ce que l'installation doit faire. C'est ce qui rend les offres comparables et la qualification vérifiable.
  • L'intended use est la section génératrice : la qualité d'eau s'en déduit selon la logique de la guideline EMA 496873/2018, et capacité, périmètre et stratégie de surveillance en découlent également.
  • L'Annexe 15 rév. 2015 reste le texte applicable : le concept paper du 9 février 2026 ne l'a pas modifiée.
  • La variation saisonnière de l'eau brute est une exigence de données en amont (Annexe 1 point 6.8), pas un problème à découvrir en PQ.
  • La sanitisation s'écrit comme une capacité du système, pas comme une recette de cycle.
  • Tout chiffre doit avoir une source, une justification, un responsable et une date de réexamen ; les niveaux d'alerte se construisent sur les données de qualification, ils ne se copient pas d'un chapitre informatif.

Références

  • EudraLex Volume 4 : Annexe 15 rév. 2015 (concept paper EU-PIC/S du 9 février 2026, Annexe 15 non révisée) ; Annexe 1, C(2022) 5938 final, points 2.5(v) et 6.1-6.15 ; Annexe 11, version de janvier 2011, avec un projet de révision consulté en 2025 et non adopté. EudraLex Volume 4
  • EMA/CHMP/CVMP/QWP/496873/2018 et Q&A EMA/INS/GMP/443117/2017. EMA — ICH Q9(R1). ICH — OMS TRS 1033 Annexe 3 et TRS 1025 Annexe 3. OMS — PIC/S PE 009-17 et PI 009-4 rév. 4. PIC/S
  • Ph. Eur. monographies 0169 et 0008, chapitres 2.2.38 et 2.2.44 ; USP Purified Water, Water for Injection et chapitres <643>, <645>, <1231> ; 21 CFR 210.3(b)(3), 211.48 et Part 11 avec la guidance FDA de 2003. 21 CFR Part 211 — Part 11 — FDA
  • ASTM E2500-25, A967/A967M-25, A380/A380M-25 ; ASME BPE, édition à fixer contractuellement ; ISO 22519:2023 et ISO/DIS 25413 (projet). ISO — ISPE Baseline Guide Vol. 4, 3e éd. (2019) et ISPE GPG Approaches to C&Q of Pharmaceutical Water and Steam Systems, guides sectoriels, non réglementaires.

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